Pour l'amour
de la langue française

Infinitif, participe... Les noms des modes du verbe

| 15 mars 2022 | par Jean-Christophe PELLAT

Pourquoi a-t-on appelé ainsi les modes du verbe ? Les modes expriment différentes manières de concevoir l’action verbale. Leurs noms sont révélateurs d’une certaine idée de la langue. « Indicatif » est emprunté (14e s.) au latin «indicativus (modus) », mode « qui indique », c’est-à-dire qui présente le procès (action verbale) brut, sans interprétation. Par opposition, le subjonctif est le mode de « l’interprétation du procès » (Wagner & Pinchon). Ce nom vient du latin « subjonctivus (modus) », « qui sert à lier » ; le subjonctif est surtout un mode de la dépendance : le verbe subordonné est joint, relié à un verbe principal (« Je veux qu’elle vienne »). On peut expliquer aux apprenants sa valeur en rapprochant subjonctif de subjectif. Mais on évitera d’opposer l’indicatif au subjonctif suivant la distinction réalité / irréalité, car le subjonctif peut aussi exprimer une action réelle (« je regrette qu’il soit venu »).

Le troisième des modes personnels, l’impératif, qui tire son nom du latin « imperativus », « qui a été ordonné », est un mode qui exprime l’ordre ou la défense. Sa limitation en personnes est liée à l’acte d’ordonner, « car on ne commande proprement qu’à ceux qui on s’adresse, à qui on parle » (« Grammaire de Port-Royal », 1660). Le conditionnel, emprunté au latin « condicionalis » (1361) indique que l’action est soumise à une condition. Bien que certains l’aient rapproché de l’optatif grec, on ne le considère plus comme un mode, car sa formation et ses emplois sont symétriques à ceux du futur (possibilité ou impossibilité / probabilité ; futur vu de passé / futur vu du présent). Il fait donc partie des temps de l’indicatif.

L’infinitif et le participe sont des modes non personnels. Le nom « infinitif » est un emprunt (1368) au latin « infinitivus (modus)», du latin classique « infinitus », qui signifie « sans fins, sans limites, indéfini » (cf. infini). Car l’infinitif exprime l’idée abstraite de l’action verbale, non délimitée, ni par le temps, ni par la personne. Quant au participe, emprunté au latin « participium » (1246), dérivé de « particeps », « qui a une part de, qui partage », il désigne une sous-classe mixte, qui participe à la fois du verbe et de l’adjectif : le participe (présent ou passé) est la forme adjective du verbe. Selon G. Guillaume, le participe passé employé sans auxiliaire est « la forme morte du verbe » (« Le temps perdu » l’est-il vraiment ?).

Ainsi, on remarque que les dénominations des modes du verbe ont une ancienneté et une cohérence avérées, avec une valeur générale qui n’est pas limitée à une langue particulière.

Jean-Christophe PELLAT
Jean-Christophe Pellat est professeur émérite de linguistique française à l’Université de Strasbourg, où il a enseigné en Licence, Master et dans les préparations au CAPES et aux agrégations de Lettres. Spécialiste de grammaire et orthographe françaises (histoire, description, didactique), il est co-auteur d’un ouvrage universitaire de référence, Grammaire méthodique du français (PUF, dernière éd. 2016) et de diverses grammaires scolaires. Dans ses travaux sur la didactique de la grammaire en FLE et FLM, il s’attache à l’adaptation des notions aux différents publics concernés.