La distinction entre la voyelle « i » et la consonne « j » s’est installée tardivement : elle s’est généralisée dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Auparavant, c’était la voyelle « i » qui notait indifféremment la consonne ou la voyelle : « ie, iour, pari, adiouster, hier, ... » . En attendant, pour noter la consonne, on a eu massivement recours à la lettre « g », suivant la règle de position toujours en vigueur : « g » note « je » devant « e, i, y », ainsi que « ge » devant « a, o, u » : « mange, mangea ».
L’orthographe peut provoquer une faute de prononciation quand le « e » est dissocié du « g », comme dans « geôle », où il est prononcé à tort « é », ou faussement relié à la voyelle qui le suit dans « gageure » où l’on entend « eu », alors que la prononciation correcte serait « gajure », si on employait le « j » (« gageure » est dérivé de « gager », avec le suffixe « -ure »).
Ainsi, l’orthographe provoque des erreurs de prononciation, qui parfois s’imposent. Dans l’ancienne langue, le « n mouillé » était transcrit « gn » (« agneau ») ou « ign » (le fameux « oignon », rectifié en « ognon »). Dans ce second cas, l’association de la voyelle « i » avec celle qui précède a modifié la prononciation, ainsi du nom de l’auteur des « Essais » : Pascal prononçait et écrivait « Montagne », nous écrivons « Montaigne » que nous prononçons avec un « è ». « L'accoutumance est une seconde nature, et non moins puissante » (Montaigne).