Pour l'amour
de la langue française

COLLISION / COLLUSION

| 04 juillet 2018 | par Jean-Christophe PELLAT

Quel est le plus grave ? Ces deux noms, qui ne diffèrent que par une voyelle, sont empruntés au latin, à peu près à la même époque (XIVe siècle).

« Collision » vient du latin « collisio », « choc, heurt », dont il garde le sens de base, pour désigner le choc violent de deux corps en mouvement, comme deux voitures, deux trains. En physique, on étudie la collision des particules. Au sens figuré (vieilli), « collision » peut désigner le « heurt violent entre individus » (Robert). Mais l’emploi métaphorique est varié : Balzac parle de « la collision de deux natures angéliques ».

« Collusion » vient du latin « collusio », « entente frauduleuse, secrète ». Il est entré en français par la langue juridique : « Entente secrète entre deux ou plusieurs personnes pour nuire à un tiers » (TLFi). Dans la langue commune, « collusion » désigne « tout accord secret entre personnes pour nuire à quelqu’un » (TLFi).

On ne peut pas dire que ces deux mots soient proches par le sens, sauf peut-être dans les échanges d’invectives, notamment politiques, où la dénonciation d’une « collusion d’intérêts » vise à provoquer un choc.  

Jean-Christophe PELLAT
Jean-Christophe Pellat est professeur émérite de linguistique française à l’Université de Strasbourg, où il a enseigné en Licence, Master et dans les préparations au CAPES et aux agrégations de Lettres. Spécialiste de grammaire et orthographe françaises (histoire, description, didactique), il est co-auteur d’un ouvrage universitaire de référence, Grammaire méthodique du français (PUF, dernière éd. 2016) et de diverses grammaires scolaires. Dans ses travaux sur la didactique de la grammaire en FLE et FLM, il s’attache à l’adaptation des notions aux différents publics concernés.