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RECOUVRER / RECOUVRIR

| 04 juillet 2018 | par Jean-Christophe PELLAT

Quand on recouvre dix livres, que fait-on ?

Selon les livres concerné(e)s, on peut les recouvrer (argent) ou les recouvrir (ouvrages).

Ces deux verbes, qui ne diffèrent que par leur terminaison d’infinitif, ont des sens nettement différents.

« Recouvrer », issu du latin « recuperare » (1050), forme un doublet avec l’emprunt savant « récupérer ». « Recouvrer » signifie principalement « retrouver, récupérer ce qui était perdu » (« recouvrer son argent, la santé ») et, au sens économique, « recevoir le paiement d'une somme dont on est créancier ».

« Recouvrir » est un dérivé formé avec le préfixe « re- » ajouté au verbe « couvrir » (v. 1130). « Recouvrir » signifie « couvrir de nouveau » ou « couvrir entièrement », pouvant s’employer dans ce sens à la place de « couvrir », malgré la différence de sens, « recouvrir » soulignant l’aboutissement complet de l’action de couvrir.

Comme « recouvrir » est plus courant que « recouvrer », on peut l’employer à la place de ce dernier quand on parle vite. Cela ne se remarque pas au présent, puisque les deux verbes ont la même forme. Mais ils divergent à d’autres temps et modes. Difficile de recouvrir ce problème.

Jean-Christophe PELLAT
Jean-Christophe Pellat est professeur émérite de linguistique française à l’Université de Strasbourg, où il a enseigné en Licence, Master et dans les préparations au CAPES et aux agrégations de Lettres. Spécialiste de grammaire et orthographe françaises (histoire, description, didactique), il est co-auteur d’un ouvrage universitaire de référence, Grammaire méthodique du français (PUF, dernière éd. 2016) et de diverses grammaires scolaires. Dans ses travaux sur la didactique de la grammaire en FLE et FLM, il s’attache à l’adaptation des notions aux différents publics concernés.