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Le verbe « ouïr » : à bon entendeur…

Histoire des mots | 25 octobre 2019 | par Jean-Christophe Pellat

Le verbe « Ouïr », issu de « audire », a été évincé par « entendre ».

C’est un verbe très défectif, qui s’emploie aujourd’hui à peu de formes, le plus souvent avec son tréma, comme à l’infinitif : « Quand vous serez retourné dans la Grèce, (...) on s'assemblera autour de vous, pour vous ouïr conter les mœurs des rois à la longue chevelure » (Chateaubriand). Et l’on peut toujours « ouïr la messe », au sens d’y assister.

On emploie encore les temps composés avec le participe « ouï », qui nous a donné « l’ouïe » et « ouï dire », et aussi l’impératif « oyez », avec sa coloration moyenâgeuse, ainsi que le passé simple en littérature : « J'adore Granier. Quelle artiste ! Je l'ouïs pour la première fois dans ‘Amants’ » (Jules Renard). Mais employer « j’ouïs » est un peu risqué à l’oral !

Les manuels de conjugaison donnent des formes archaïques, comme le présent « j’ois », qui font la joie des humoristes comme Raymond Devos :

« L'oie oit ? Elle oit, l'oie ! Ce que nous oyons, l'oie l'oit-elle ? Si au lieu de dire "l'oreille", on dit "l'ouïe", alors : L'ouïe de l'oie a ouï. Pour peu que l'oie appartienne à Louis : "L'ouïe de l'oie de Louis a ouï " Ah oui ? " »